Et si l’IA ne remplaçait pas d’abord les développeurs ?

Depuis deux ans, une question revient constamment :

« Est-ce que l’IA va remplacer les développeurs ? »

Je commence à me demander si, à court terme, la question la plus intéressante n’est pas presque l’inverse.

Et si les développeurs équipés d’IA automatisaient d’abord une partie du travail des autres métiers ?

Ce n’est pas parce que les développeurs seraient plus intelligents.

C’est parce qu’ils possèdent déjà une compétence particulièrement adaptée au moment actuel :

transformer un processus en système automatisé.

Depuis toujours, le développement consiste en partie à observer une activité humaine et se demander :

Quelles sont les entrées ?

Quelles sont les règles ?

Quels sont les cas particuliers ?

Quelles étapes peuvent être automatisées ?

Quelles données faut-il conserver ?

Que doit-il se passer quand quelque chose échoue ?

Jusqu’à présent, le principal frein était souvent le coût de transformation de cette compréhension en logiciel.

Il fallait écrire énormément de code.

Construire les interfaces.

Brancher les APIs.

Gérer l’infrastructure.

Écrire les tests.

Maintenir le système.

Donc seuls certains processus justifiaient économiquement l’automatisation.

L’IA change progressivement cette équation.

Un développeur peut désormais explorer un métier avec un utilisateur, comprendre son workflow puis produire très rapidement un premier système capable d’automatiser une partie du travail.

Des tâches qui n’auraient jamais justifié trois mois de développement peuvent peut-être justifier deux jours de travail avec plusieurs agents.

Et c’est là que cela devient intéressant.

Parce que le nombre de processus potentiellement automatisables augmente brutalement.

Finance.

Support.

Marketing.

RH.

Juridique.

Opérations.

Commercial.

Administration.

Il ne faut pas en tirer la conclusion simpliste que ces métiers vont disparaître.

Automatiser une tâche n’est pas supprimer un métier.

Un métier est généralement un assemblage de compétences, de responsabilités, de relations humaines, de décisions et de connaissances tacites.

Mais certaines tâches qui occupent aujourd’hui des heures peuvent devenir des workflows logiciels.

Et ceux qui savent construire ces workflows disposent d’un levier énorme.

C’est pourquoi je ne suis pas certain que la première conséquence de l’IA pour les développeurs soit leur disparition.

La première phase pourrait au contraire être une augmentation spectaculaire de leur surface d’action.

Un bon développeur ne sera plus seulement celui qui contribue au produit logiciel de son entreprise.

Il pourra devenir celui qui regarde autour de lui et demande :

« Pourquoi faisons-nous encore cela manuellement ? »

L’ironie serait assez belle.

Pendant que tout le monde se demande quand l’IA remplacera les développeurs…

les développeurs pourraient être occupés à automatiser une partie du reste de l’entreprise.