Il y a comme un vent de panique qui souffle sur les puissants depuis l’annonce de la marche du 5 juin. En quelques petits jours seulement la République, la constitution, au respect de nos valeurs sociétales et l’ordre social se sont trouvés des défenseurs tout genre. Religieux, élus, autorités traditionnelles de toute sorte, sociétés civiles, activistes, propagandistes des médias traditionnels et des réseaux. Tous se sont découverts un attachement à la paix sociale, à la démocratie, à la République, et à sa constitution. Même le principal média d’Etat, outil de propagande du régime, nous a gratifié d’un élément sur le patriotisme. La Cour, celle du prince du jour, n’était pas en reste; elle nous a une fois de plus servi la tragi-comédie dont elle est la seule à avoir le secret.
De quoi parle-t-on ?
On parle de mouvements politiques ou de la société civile, de citoyens maliens. Hommes et femmes, étudiants, chômeurs, pères ou mères de famille, chargeurs de camions, vendeurs ambulants, petits boutiquiers, enseignants, muezzins, maraîchers, apprentis mécaniciens… Des maliens tout court debout comme une seule personne pour dire non à l’injustice et à la confiscation de leur avenir et de celui de leur progéniture.
Que n’a pas supporté ce peuple honni et traité de tous les noms et qu’on a cru incapable de se prendre en main. Qu’a-t-il encore à perdre ce peuple du Mali ? Du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est tout n’est que ruine et désolation.
Les hôpitaux se sont transformés en mouroirs faute de moyens. La détresse des soignants et des patients n’est un secret pour personne.
Le conflit du Nord a contaminé quasiment tout le pays. Les contrées non touchées sont des exceptions. L’insécurité s’est généralisée. Il n’est pas rare de voir des bandits tirer sur des citoyens pour une moto Jakarta ou quelques billets.
D’après les Nations Unies plus de 260 000 enfants maliens sont touchés par les fermetures et dont 157 000 sont carrément privés d’école dans la région de Mopti. Dans le reste du pays ce qui ont la chance d’aller à l’école doivent faire face à l’insuffisance des infrastructures et aux conditions difficiles de travail de leurs enseignants. Quelle tragédie pour nous tous !
Malgré tous ces maux qui frappent notre pays et impactent négativement la vie des maliens livrés à eux-mêmes la corruption va bon train. Le Bureau du Vérificateur Général, l’Office Central de Lutte Contre l’Enrichissement Illicite, la Cellule nationale de traitement des informations financières…sont autant de structures budgétivores censées lutter contre la corruption. Pourtant l’enrichissement illicite ne faiblit pas et le bien public est devenu une mangeoire géante autour de laquelle on retrouve l’élite dirigeante. Du jour au lendemain des vauriens, parce qu’invités à la mangeoire, deviennent riches comme Crésus. Au cœur du dispositif on trouve les frères, les sœurs, les cousins, les potes, les neveux et les complices de ceux pourtant chargés de veiller sur l’intérêt général. La compétence, le mérite et l’intégrité ne sont plus les critères de choix dans ce système.
La médiocrité n’avait jamais autant gagné le pays. Le pouvoir exécutif, le parlement, le système de défense et la justice tout y passe.
Pour ne rien arranger à la situation des milliers de citoyens maliens ont été privés de leur suffrage par le truchement d’une Cour constitutionnelle aux abois.
Face à un tel abîme et au manque de perspective que reste-t-il aux maliens ?
Où étaient donc tous ces bons samaritains qui appellent les marcheurs au calme et à l’apaisement social ? Qu’avez-vous fait pendant les sept dernières années pendant que le peuple subissait les maux susmentionnés ? Que faites-vous aujourd’hui pour les arrêter ?
Vous voulez encore dialoguer ? Qu’avez-vous fait des recommandations de la Conférence d’Entente Nationale ? Et quid de celles du Dialogue National Inclusif qui vient d’avoir lieu ?
De grâce laissez donc le peuple marcher, manifester pour exiger :
- une meilleure gouvernance,
- dire non à l’arbitraire et à un pouvoir clanique,
- une éducation de qualité,
- une lutte réelle contre la corruption qui tue littéralement dans notre pays
- la fin de la promotion de la médiocrité
- un meilleur système de santé
- une justice pour tous
C’est cela la démocratie. C’est cela la République. C’est cela le garant de l’ordre social. C’est cela le respect de la constitution. C’est cela que recommandent nos principes religieux et valeurs traditionnelles.
Le peuple malien joue sa peau tous les jours. C’est lui qui connaît la famine, nos hôpitaux infestés, la famine, la malnutrition, les fins de mois difficiles… Si vous êtes incapables d’être aux côtés du peuple quand il joue sa peau de grâce ne venez pas l’empêcher de réclamer son dû.
Marcher n’est pas anticonstitutionnel.
Demander la démission du Président n’est ni anti-démocratique ni un appel au coup d’Etat.
Bonne chance chers marcheurs. Marchez marchez, exigez. La République vous octroie ce droit.
Puisse Dieu bénir le Mali et les maliens.
Vive le Mali, juste pour tous.